Le Maître d'Amour dans le Dauphiné

Les chemins de la création se révèlent parfois bien imprévisibles.

C'est aussi ce dont témoigne Le Maître d'amour que le Centre chorégraphique national de Grenoble (CCNG) propose en ce moment à partir du roman de Maryse Wolinski, avec... Maryse Wolinski !

Tout a commencé au Centre national de la danse, à Pantin, où la metteur en scène Marylin Alasset souhaitait « inviter Jean-Claude Gallotta à un travail expérimental sur la question du genre. »

Vaste programme...

Sauf que danseurs et acteurs, tout heureux des bons résultats de ce stage, décidèrent de prolonger l'expérience également initiée par Claude-Henri Buffard, le dramaturge du CCNG.

Car dans ce rapport au texte (Le Maître d'amour a été publié en 1980), le temps joue aussi son rôle, Maryse Wolinski devenant... actrice, au propre comme au figuré, de la mise en scène de Marylin Alasset.

« Je n'aurais jamais tenté ça d'emblée... » confie, encore surpris, Jean-Claude Gallotta.

Qui argumente : « Mais le fait que l'enjeu d'un stage reste minime, le fait que ça se passe très bien, tout cela nous a conduits à pousser l'expérience encore un peu plus loin, jusqu'au spectacle. »

Où « Maryse apporte cette fragilité-là ».

Reste qu'« elle a l'avantage du réel, et ça, c'est rare ! »

Du coup, Jean-Claude Gallotta ne cache pas « avoir trouvé des trucs avec les danseurs » et « tenté des pistes que je n'aurais pas osées autrement. »

En attendant, Le Maître d'amour est réédité au Seuil...

 

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Le Maître d'Amour in le Petit Bulletin

DANSE. Pour sa dernière création de la saison, Jean-Claude Gallotta, aidé à la mise en scène par Marylin Alasset, s'attaque à la transposition scénique d'un roman, ou plutôt réfléchit sur les questions intrinsèques à cette transposition. Il a ainsi choisi de se pencher sur le texte Le Maître d'amour de Maryse Wolinski, auteure française qu'il fait intervenir sur scène, au milieu de la chorégraphie. Elle évoque alors le processus de création, ou encore soumet ses doutes aux danseurs sur l'interprétation des personnages qu'elle imaginait autrement. C'est surprenant aux premiers abords, d'autant plus que Maryse Wolinski ne joue pas un rôle, mais se contente d'être elle-même, naturelle, presque gênée d'apparaitre devant le public. Cela donne une belle harmonie à l'ensemble texte et danse, qu'on sent néanmoins diminuer quand la romancière est mise un minimum en scène (pourquoi en rajouter en lui faisant caresser les murs avec tant de gravité ?). Tout son discours est basé sur la frontière entre fiction et réalité, notamment illustré par une très belle scène vers la fin du spectacle : les huit danseurs, incarnant très librement les personnages du roman (un travail a été réalisé sur le genre au sens large du terme), semblent comme dirigés par leur créatrice, devenue elle aussi un personnage de fiction (la toute dernière image du spectacle est à ce titre très explicite). Et sur la chorégraphie en elle-même, la raison d'être du spectacle ? De ce côté-là, pas de grande surprise, c'est du Jean-Claude Gallotta tout craché ; et c'est déjà pas mal diront certains.

Aurélien Martinez