Marion Mercier

Pour en savoir plus sur ce très beau métier de costumière, j’ai interviewé Marion. Trois heures durant et nous aurions pu continuer à bavarder jusqu’à la tombée de la nuit, tellement la conversation était riche. D’abord, physique de Marion : silhouette fine montée sur de superbes jambes, visage franc, fier, nature et une chevelure cuivrée qui pourrait lui descendre jusqu’aux reins si elle ne l’enserrait pas dans une barrette. Avec Marion, soit on a le coup de cœur, soit on est refroidi. Moi, ça a été le coup de foudre !

 

Comment devient-on la costumière du chorégraphe Jean-Claude Gallotta ?

Marion Mercier : Ado, j’ai commencé à travailler avec mes parents, tous deux architectes, sur des maquettes. Puis, ma grande tante m’a légué sa machine à coudre. Une machine à pédales qui a fait mon bonheur. D’autant que ma grand-mère, une femme très élégante, m’a légué, elle, dans le même temps, de très belles coupes de tissus. J’ai créé des fringues, - créer, le bonheur ! En 76, la municipalité de Grenoble avait eu la bonne idée d’organiser durant l’été « la ville en fête ». Il y avait des spectacles partout. Et là, j’ai découvert le « spectacle vivant », le théâtre, la danse, la scène, les artistes, les beaux textes et ceux qui les montaient. J’étais fascinée. Ma vie était là, quelque part…Après avoir goûté à un autre style de création, la céramique, et suivi une formation, je me suis lancée et j’ai proposé des croquis à l’atelier de costumes du théâtre municipal. Le chef costumier a fini par m’embaucher et en 78, j’ai débarqué dans la Compagnie Emile Dubois qu’avait fondée Jean-Claude Gallotta.

 

Quelle place occupe la costumière dans une compagnie ?

Marion Mercier : Tout dépend de la compagnie et de la personne qui la dirige. Une costumière n’est pas une habilleuse ! Parce que souvent nous sommes prises pour des habilleuses, tapies dans les coulisses. Certes, c’est aussi notre travail mais au départ, nous créons les costumes des danseurs. Une pièce de danse en tenues de répétitions, joggings, caleçons, marcel et autres, n’a rien à voir avec une pièce en costumes. C’est donc que le costume joue aussi son rôle dans le succès d’une pièce. Maintenant, il faut encore disposer d’une certaine liberté pour mettre en valeur ses idées. Et moi,  quand ça coince, je pars.

 

A quel moment intervient la costumière ?

Marion Mercier : Je réfléchis d’abord autour du projet, une fois qu’il est conçu. Puis, quand les premiers filages ont eu lieu, ça devient plus concret. On peut estimer que la conduite du spectacle est en place. Et là, j’aime bien qu’on ne me dise rien, je regarde, j’écoute et je dessine. Pendant les filages, je suis à côté de Jean-Claude et nous échangeons nos idées, nous les commentons. Couleur des chaussures, ceinture ou pas aux pantalons, longueurs des ourlets, décolletés des robes… Quand la chemise dépasse de 2 ou 3 cm, ça ne raconte pas la même chose.  Ensuite, c’est le travail dans l’atelier.

 

Trente ans de pratique, c’est le bonheur ?

Marion Mercier : Oui, mais à condition de ne pas se laisser faire et d’être toujours en lutte ! Le bonheur c’est aussi ma propre compagnie : Les Phosphorescents, dont je partage l’organisation avec une amie peintre et plasticienne. Dans notre compagnie, nous mélangeons les arts plastiques et les arts vivants. Nous faisons tout des textes à la mise en scène en passant bien sûr par les costumes, les vidéos etc… Et je m’occupe aussi des ateliers Marianne, créés il y a une dizaine d’années. Ce sont des chantiers d’insertion par le costume et le décor. Nous accueillons des jeunes à partir de 18 ans, des jeunes qui cherchent leur voie, mais aussi des adultes en difficultés sociales. Chaque atelier comprend 8 personnes, salariées, qui vont se former pendant 6 ou 18 mois. Les ateliers de Marianne travaillent en particulier pour les petites compagnies de théâtre, les conservatoires, les ateliers théâtre des collèges. Camille, notre petite dernière entrée dans l’atelier de la Compagnie Gallotta, sort d’un tel atelier. Et maintenant, certains soirs, elle peut me remplacer, ou remplacer Anne, avec laquelle je partage ce travail depuis vingt ans !