Georges Wolinski

Wolinski à la BNF

Dans le cadre de ses estivales, la Bibliothèque présente une rétrospective inédite de son oeuvre, désormais en dépôt à la BNF, à travers un choix de plusieurs centaines de pièces issues de cette collection.
"L"exposition d'un éventail varié de son travail, a dit Bruno Racine, président de la BNF, sera l'occasion de parcourir la carrière d'un artiste tout à la fois observateur amusé du monde et réputé pour son humour tendre et provocateur."


Entrer à la BNF, est-ce la consécration d’une œuvre ?

Oui, mais ça ne suffit pas. Bien des artistes ont connu une vraie consécration sans entrer à la Bibliothèque Nationale. Leur œuvre est devenue internationale. La mienne est européenne.

En fait, ma consécration, c’est de publier dans des organes de presse lus par un très large public, avoir dessiné une centaine de Unes et des dizaines de milliers de dessins. Je n’ai jamais cherché ni à être connu, ni à être célèbre, ce sont les hasards de l’existence et un travail acharné et passionné qui m’ont conduit à entrer à la BNF.

 

Dans les années 50, quand tu as commencé à dessiner, pensais-tu à l’avenir de ton œuvre ?

Non ! Bosc, le premier dessinateur que j’ai rencontré et que j’admirais, vivait pauvrement dans une pension de famille. Il avait tant de talent et vivait si modestement. Cette rencontre ne m’a pas donné envie d’être connu, car il l’était et publiait.

J’avais envie d’avoir une famille et de gagner de l’argent pour la faire vivre. J’ai mis longtemps à comprendre que j’avais un certain talent. Au début, je croyais que c’était juste du savoir-faire. Ce sont ceux qui m’ont publié, comme Cavanna ou Jean-Jacques Pauvert, Paul Guimard, qui m’ont éclairé sur mon talent.

 

Entre de dessin de presse et la bande dessinée, qu’elle est la marge ?

Le dessin de presse est un regard aigu sur le monde qui nous entoure. C’est un jugement, un sourire, un ricanement. D’une certaine façon, c’est une philosophie. Avant de railler un événement, il faut le comprendre.

La bande dessinée, c’est totalement différent. Il suffit de savoir bien dessiner. Pas besoin de psychologie, voire de philosophie. Il faut des histoires simples et bien dessinées.

Un grand dessinateur de presse dit plus de choses dans ses dessins qu’un grand dessinateur de BD.

 

Une exposition qui aura lieu durant l’été, de juin à fin septembre, consacrera ton entrée à la BNF. 50 ans de dessins exposés, qu’est-ce que cela représente pour toi ?

Toute une vie exposée, un déroulé de ma vie, une reconnaissance. En fait, ma vie aura joué un grand rôle dans mon œuvre. Peut-être aurai-je passé mon temps à la raconter dans mes dessins, à la mêler aux événements politiques, à entremêler ma passion pour les femmes à la politique. Rares sont mes dessins où une femme n’est pas représentée. Mais j’ai aussi dessiné ma femme, toi, beaucoup, et Elsa, notre fille, par exemple, dans le livre « J’Hallucine ». Mes enfants, mes petits enfants. 

Je me suis toujours projeté dans l’actualité. Dans cette vie de recherche de l’idée à trouver. J’aurai mené ma vie à la recherche d’idées. Et ces idées, je peux les trouver dans la presse comme dans la rue, où mon regard est en alerte.

 

Et la peinture ? Certains dessinateurs, Sempé, Brétécher et d’autres, peignent. Et toi ?

Un dessinateur n’est pas vraiment un artiste. Il se sert de l’actualité pour réfléchir aux événements et porter un regard aigu sur ces derniers.

L’artiste peintre peut se contenter de fleurs, de femmes nues. Son idée première n’est pas née de l’actualité dont il se moque. L’artiste est à la recherche de la beauté. Beauté du monde ou encore cruauté du monde. Ce qui est important pour lui, c’est son œuvre. Moi, c’est l’impact que mon dessin va avoir.

Cela dit, j’aime peindre. Je souhaiterais devenir un artiste. Et quand je prends un pinceau, ce qui m’apporte beaucoup de plaisir, je colle encore à l’actualité !