Catherine Zougrana

Fin mai, j’ai assisté à une remise de prix littéraires un peu exceptionnelle. Elle avait lieu dans les locaux du Conseil régional d’Ile de France. Les spectateurs étaient composés en partie d’élus de la banlieue parisienne, le jury de représentants des sponsors ou d’associations, et les lauréats, des jeunes issus des cités. Certains très chics pour l’occasion et d’autres, non pas moins chics mais arborant le tee-shirt de La Cité des Mots. En grande organisatrice, l’initiatrice de la Cité des Mots : Catherine Zoungrana.

 

Burkinabé d’origine, Catherine, qui a appris à lire à l’âge de dix ans, à son arrivée en France, a suivi des études supérieures de commerce international à Bordeaux. Quand elle monte dans la région parisienne y vivre sa vie d’adulte, d’épouse et de mère, elle se découvre une passion : celle des mots et de l’écriture. Très vite, elle devient une mère célibataire vivant au milieu d’une population cosmopolite de sang mêlé dont elle fait partie. A 18 ans, elle a du choisir sa nationalité entre celle de sa mère, Française, et celle de son père originaire d’Afrique. Ni noire, ni blanche, elle sera les deux et à vie. C’est son choix. Et quand les maux de l’enfance remontent, elle s’empresse de les traduire en mots. Parce que les mots, la langue, l’écriture, apaisent, sont sources de réconciliation entre les cultures, sources de métissage, sources de remises en question d’idées reçues. Et cette passion des mots et de l’écrit, elle veut la transmettre à tous ces jeunes de banlieue dont elle sait, elle, pour les avoir éprouvés, qu’ils ont d’autres ambitions que de tenir une kalachnikoff  ou de dealer de la drogue. Pour eux, elle crée Le Prix littéraire de la Cité des Mots. Et part son projet sous le bras convaincre les mairies ou les maisons de quartiers.

 

Je lui ai posé cinq questions.

 

1/ Comment est née la Cité des Mots ?

Catherine Zoungrana : A l’époque où Olivier Poivre D’Arvor dirigeait Culture-France, j’avais été invitée à réfléchir à des projets culturels pour la banlieue. Et moi, j’avais en poche un projet : le prix littéraire de la Cité des Mots qui serait remis à des jeunes issus du pourtour de la capitale. Le projet a séduit. Mais j’attends toujours les subventions promises ! Alors, je me suis lancée, j’ai financé moi-même la première édition du prix et pour y parvenir, j’ai créé un site internet qui m’a permis de recruter des jeunes qui cherchaient à écrire et à publier. Sur la centaine de candidats, j’ai reçu une dizaine de manuscrits.

 

2/ Qui vous a rejoint dans cette belle aventure ?

Catherine Zoungrana : J’ai cherché des parrains et le premier à avoir répondu présent est Harry Roselmack. Il m’a permis d’obtenir un reportage sur TF1 qui m’a beaucoup aidée pour faire connaître l’association. En 2009, je remettais le premier prix dit Prix Aimé Césaire à une jeune prof de banlieue, Fatima. L’année suivante, le prix est allé à Maeva, 15 ans,  une élève des ateliers d’écriture que j’organise dans les Maisons de Quartiers, les classes ou les écoles de la 2éme chance. Tandis que Maeva travaillait aux ateliers, parallélement, elle écrivait un roman, un vrai : Patience. Son roman, qui compte plus de deux cents pages, a été publié par notre seul partenaire éditeur : Edilivre. Maeva est devenue, dans la banlieue, notre ambassadrice de la Cité des Mots. Elle donne des conférences dans les librairies, dédicace son roman.

 

3/ Edilivre est un éditeur qui publie sur le net et à l’occasion sur papier. Pourquoi ne pas avoir choisi une maison d’édition plus reconnue ?

Catherine Zoungrana : Pour la bonne raison qu’Edilivre est la seule maison d’édition à nous avoir fait confiance. Et elle l’a fait depuis le début dans les meilleures conditions possibles. Cette année, le prix littéraire de la Cité des Mots a été remis à une jeune fille d’origine vietnamienne : Jennifer Siep.  Comme pour Maeva, Edilivre et la Cité des Mots lui ont signé un contrat d’édition.

 

4/ Catherine, vous-même, qui donnez tant de temps à ces jeunes souvent en perdition et qui retrouvent une vraie sérénité grâce aux mots, vous écrivez ?

Catherine Zoungrana : Oui, j’écris pour dire ma vie et la vie. Dire par exemple  que le le fameux prince charmant qui continue à hanter les cerveaux de nos petites filles est un démon. Contrairement à ce qu’on leur apprend dans les familles et même à l’école. Et c’est encore Edilivre qui m’a aidée et éditée.

 

5/ A la rentrée, y aura-t-il encore des ateliers d’écriture qui formeront de futurs petits écrivains ?

Catherine Zoungrana :  Bien sûr ! Cette année, j’ai organisé sept ateliers par semaine avec quelques soixante dix enfants. Et j’espère développer l’enseignement. Par exemple leur apprendre à écrire des scénarios ou des articles de journaux.

 Et si on lançait ensemble un journal entièrement écrit et composé par les jeunes des ateliers de la Cité des Mots ?