Adrien Maeght

Deuxième étape de mes vacances : Saint-Paul de Vence.

Non, je ne fréquente pas le village perché sur sa colline où défilent à longueur de journée des touristes en shorts et sac au dos. Sinon parfois pour me rendre à la Maison de la presse.

Je me pose sur la colline opposée, au milieu des pins pliés vers la mer.

Face à la colline, a été inaugurée, en 1964, la Fondation Maeght. La plus belle fondation de France, conçue par l’architecte catalan, José Luis Sert, avec l’aide de peintres et de sculpteurs, comme Giacometti, Miro, Chagall, Braque. Premier accrochage, première exposition : Alberto Giacometti.

Quarante-six ans plus tard, et après un beau toilettage de la fondation, la famille Maeght dont plusieurs membres font partie du Conseil d’administration, a décidé d’honorer à nouveau cet immense sculpteur. Intitulé : Giacometti et Maeght. Car Aimé Maeght joua un rôle important dans la carrière du bel Alberto. Après la guerre, alors que l’artiste se retrouvait sans marchand, il lui signa un contrat d’exclusivité.

Le 23 juillet dernier, j’ai participé au dîner organisé par l’Association des amis de la Fondation, dîner qui avait lieu dans la cour dite « Giacometti ». Un enchantement. Isabelle Maeght, commissaire de l'exposition, a déroulé un discours émouvant. Adrien avait la larme à l’œil et mon amie, Nicole Blanc, qui a fêté ses vingt ans de vie commune avec Adrien, faisait la conversation au président de l’Association.


Trois questions à Adrien Maeght, le fils d’Aimé et de la fameuse « Guiguite », Marguerite, qui joua les modèles pour de nombreux artistes.

Adrien, 80 ans, est un ami charmant et un merveilleux conteur. Son œil frise à longueur de temps. Je passerais des heures à l’écouter me raconter que pendant la guerre, alors qu’il avait une bonne dizaine d’années, chaque matin, il parcourait plusieurs kilomètres à vélo pour atteindre Vence et livrer un pôt de lait à Matisse. Aimé avait pu acheter une vache et Madame Matisse avait besoin de lait. Oui, mais, qui ouvrait la porte des Matisse ? Une magnifique jeune femme blonde au teint clair et aux yeux bleus : la belle Lydia, muse du peintre. Aujourd’hui encore, Adrien rêve au regard pastel de Lydia.


Adrien, quand as-tu rencontré Giacometti ?

Je le croisais depuis longtemps à Montparnasse, mais je l’ai bien connu quand il a participé à la grande exposition surréaliste de la galerie parisienne de mon père. J’avais à peine 17 ans. C’était pour moi une aventure incroyable.


Quel homme était-il ?

Silencieux ! Il s’asseyait à la terrasse d’un bistrot pour observer les gens. Libre ! Avec moi, il a été d’une grande exigence et il m’a fait grandir. Je n’oublie pas non plus qu’à cause de lui, j’ai passé ma nuit de noce au commissariat de police. Il s’était battu avec Reverdy qui était le témoin de ma femme.


Pourquoi cette exposition en cette année 2010 ? 
D’abord, après la rénovation de la fondation, pour honorer Alberto. Mais aussi en raison du coût désormais des expositions. Les œuvres prêtées sont assurées à des taux très élevés. Notre famille possède la plus belle collection au monde de Giacometti. La voilà mise en scène pour l’exposition.

 

Maryse Wolinski - août 2010