Paris-Moscou-Pékin

Préface du récit Paris-Moscou-Pékin de Sonia Bressler

 

En mai 2005, sur un coup de tête et un coup au cœur, Sonia Bressler, toute jeune docteure en philosophie et épistémologie, décide de s’éloigner du bruit et de la fureur de Paris. Au hasard, l’itinéraire est tracé : ce sera Moscou-Pékin et dans le Transsibérien puis le Transmandchourien. Passeport, visas, quelques effets, et l’audace de celle qui n’a rien à perdre. Pas de flip. Que du désir d’ailleurs. Survivre sur une ligne de fer, dans les bruits étranges de ferraille. Perdre le fil de l’heure et la notion d’espace. Du haut de sa couchette de seconde classe, ou collée à la vitre du couloir, voir défiler un monde inconnu, des paysages sans cesse uniques, steppes, déserts, forêts somptueuses, lacs, fleuves mythiques, de gares en gares, d’une langue à l’autre, juste quelques mots suffisent, d’un continent à l’autre, Europe-Asie. Et des visages, des rires, quelques brusqueries, la bousculade dans les couloirs.  Aux arrêts, les allées et venues, le trafic dense, les vendeurs ambulants, les pâtés aux choux en Russie, les nouilles fraîches passé la frontière de l’Europe. De la vodka au wagon restaurant avant les nouilles au piment. Et l’encombrement autour du samovar où comme les autres voyageurs, elle vient s’abreuver mais aussi observer, écouter, partager. Le samovar soudain me renvoie une image brouillée et qui, peu à peu se fixe dans ma mémoire. Nous sommes en juin à Saint Petersburg, alors renommée Leningrad, la période des nuits blanches. Il est minuit et il fait clair comme au grand jour, nous embarquons dans le transsibérien après un périple en Ouzbékistan. Direction Moscou où nous sommes les hôtes du directeur de la Pravda. (J’en tremble encore.) La Russie n’en finit pas d’être soviétique. En tant qu’hôtes, nos places ont été réservées en première classe et nous disposons d’un compartiment avec deux couchettes, un lavabo et de la moquette au sol. Le luxe à la soviétique. Et très vite l’ennui d’être là, exilés, nous envahit. Alors nous explorons les autres compartiments. Ils sont bondés de voyageurs, à leurs pieds ils ont entassé des sacs pleins de pommes de terre, d’oignons ou de légumes indéfinissables. Les senteurs mêlées et aigres envahissent le couloir où nous déambulons au milieu d’une foule composée surtout d’hommes, déjà très imbibés de vodka. Les femmes, elles, veillent sur les sacs de provisions. Enfin, nous atteignons le samovar où règne une animation permanente. Le thé noir brûle ma gorge comme il a brûlé celle de Sonia des années plus tard.

D’un trait de plume vif, elle entraîne le lecteur sur ses traces, s’offrant avec une candeur consciente à ce qui advient, un sourire, une engueulade, une tomate partagée, une sacrée tape dans le dos… Elle le fait au moyen d’un style brut, qui n’a pas besoin de beaucoup de mots, et c’est tout le talent de l’auteure, pour dire l’essentiel : la recherche de quelque chose hors du commun comme l’incarnation d’un ailleurs providentiel. Une quête toute en couleurs et en mouvement pour remettre la vie à l’endroit.


Maryse Wolinski

 

 

 

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